Une directrice d'Ehpad m'a appelé un mardi soir, paniquée. Deux arrêts maladie, un poste de nuit à couvrir le lendemain, et aucune candidature avec le DEAS sous la main. Sa question : « Est-ce que je peux faire tourner le service avec quelqu'un qui n'a pas le diplôme, en le mettant "faisant fonction" ? » Je lui ai répondu que oui, dans les faits, ça se passe comme ça partout. Et que non, ce n'est pas anodin. Les deux sont vrais en même temps.

Le faisant fonction aide soignante est devenu une figure banale du paysage médico-social, surtout en Ehpad. Sauf que derrière cette étiquette commode se cache un vrai problème de droit, une réalité salariale floue, et un paquet de structures qui jouent avec le feu sans toujours le savoir. On va démêler tout ça.

Points clés à retenir

  • Le statut de faisant fonction désigne une personne qui exécute des tâches d'aide-soignant sans être titulaire du DEAS.
  • La profession est réglementée : en principe, l'exercice est réservé aux diplômés ou aux personnes ayant validé une équivalence (dont la VAE).
  • Le recours au FF s'explique par la pénurie de candidats, pas par une autorisation légale claire et nette.
  • Pour l'employeur, le risque est réel : exercice illégal d'une profession protégée, requalification, refus d'indemnisation par l'assureur.
  • La rémunération ne suit pas de grille officielle « faisant fonction » : elle se négocie, souvent sous le salaire d'un titulaire.
  • Il existe des voies de sécurisation (VAE, parcours DEAS, financement CPF ou OPCO) mais elles prennent du temps.

Qu'est-ce qu'une aide-soignante faisant fonction, au juste ?

Le terme « faisant fonction » n'est pas une invention du secteur. On le retrouve dans l'administration, l'éducation, partout où un poste doit être tenu sans que la personne ait le titre requis. Dans le soin, il désigne concrètement quelqu'un qui assure les missions d'aide-soignant sans détenir le diplôme d'État d'aide-soignant (DEAS), ni une attestation d'aptitude équivalente.

Ce qui me frappe, c'est à quel point la formule est devenue un mot-valise. On l'entend pour une ASH qui dépanne, pour une auxiliaire de vie recrutée en CDD, pour un agent des services hospitaliers qu'on bascule sur un poste de soin. Trois situations très différentes, un seul intitulé.

Ce que dit la loi

Ici, il faut être précis, parce que beaucoup d'offres d'emploi survolent la question. En droit français, l'exercice de la profession d'aide-soignant est en principe réservé aux titulaires d'un diplôme ou d'une attestation d'aptitude équivalente, délivrés dans des conditions encadrées par le Code de la santé publique. Pour être recruté au grade d'aide-soignant, dans le public comme dans le privé, il faut donc le DEAS — ou, dans certains cas, une Validation des Acquis de l'Expérience permettant d'y équivaloir.

Voilà pour le principe. Dans les faits, les établissements confrontés à de fortes tensions de recrutement, notamment en Ehpad et dans le médico-social, recrutent des personnes sans diplôme pour tenir les postes. Le FF est donc une pratique de terrain, pas une voie d'accès officielle au métier.

La confusion fréquente avec l'ASH

Un mot sur l'ASH, parce que j'ai vu des fiches de poste mélanger les deux. L'agent de service hospitalier intervient sur l'hygiène, la logistique, l'entretien, le service des repas. Il ne réalise pas les soins d'hygiène et de confort du patient. Le FF, lui, glisse vers ces gestes-là : la toilette, l'accompagnement, la mobilisation. C'est précisément ce glissement qui pose problème.

Comment devient-on faisant fonction aide-soignante ?

Il n'existe pas de « formation de faisant fonction ». On ne s'inscrit pas un jour à un cursus pour le devenir. On le devient parce qu'une structure a besoin de bras et qu'on est déjà là.

Comment devient-on faisant fonction aide-soignante ?

Les parcours que je vois le plus souvent ressemblent à ça :

  • Une personne recrutée comme ASH, qui se retrouve progressivement à faire des toilettes parce que l'équipe est en sous-effectif.
  • Une auxiliaire de vie en Ehpad dont le poste évolue vers des missions de soin au fil des remplacements.
  • Une intérimaire envoyée sur des missions d'aide-soignante par une agence, parfois sans que le diplôme soit vérifié à la source.
  • Un(e) étudiant(e) en soins infirmiers ou en cours de reconversion, recruté(e) sur un CDD pour couvrir un arrêt.

Le point commun ? Le recrutement précède la qualification, jamais l'inverse. C'est ce qui rend le statut si fragile.

Ce qu'on lit dans les annonces

Un détail qui me hérisse : certaines annonces affichent « faisant fonction aide-soignant » comme s'il s'agissait d'un poste à part entière, avec fiche de poste, missions détaillées, astreintes. Sauf qu'une fiche de poste FF n'a aucune existence réglementaire. Elle décrit ce que l'établissement attend, pas ce que le droit autorise. Ne confondez pas les deux.

Quel est le salaire d'une aide-soignante faisant fonction ?

La question qui revient le plus souvent. Et la réponse honnête, c'est qu'il n'existe pas de grille « faisant fonction ». Le salaire dépend de la convention collective applicable, de l'établissement, de l'ancienneté et de la négociation à l'embauche.

Quel est le salaire d'une aide-soignante faisant fonction ?

Ce que je constate sur le terrain, c'est un écart qui va presque toujours dans le même sens : le FF est payé en dessous du titulaire du DEAS, parfois de plusieurs dizaines d'euros par mois, alors qu'il exécute les mêmes gestes. Dans le public, la rémunération suit le grade visé, ce qui suppose en théorie le diplôme. Dans le privé associatif et commercial, on part souvent du SMIC ou d'un peu au-dessus, augmenté de primes éventuelles (dimanche, nuit, ancienneté).

Le cas de la nuit et de l'intérim

Deux niches où le FF est très courant. La nuit, parce que la pénurie est encore plus criante et que les majorations attirent. L'intérim, parce que les agences cherchent à répondre vite à une demande et que la vérification du diplôme n'est pas toujours rigoureuse. Attention : une majoration de nuit ne « légalise » rien. Elle paie un horaire, pas une compétence.

Situation Base de rémunération usuelle Écart avec un titulaire DEAS
Ehpad privé associatif Souvent proche du SMIC, plus primes Généralement inférieur
Hôpital public (poste FF) Grade et grille indiciaire, sous conditions Variable, situation à sécuriser
Intérim Taux journalier négocié par l'agence Peut être supérieur ponctuellement
Poste de nuit Base + majoration horaire La majoration ne comble pas l'écart de statut

Ces ordres de grandeur varient énormément d'un établissement à l'autre. Ne prenez pas ce tableau comme une grille officielle : il n'en existe pas.

Quels risques pour l'employeur ?

Franchement, c'est la partie que beaucoup d'établissements préfèrent ne pas regarder en face. Le recours au FF n'est pas neutre juridiquement, et les conséquences peuvent être lourdes.

Quels risques pour l'employeur ?

L'exercice illégal d'une profession protégée

Comme l'exercice de la profession est encadré par le Code de la santé publique, confier des actes réservés à un non-diplômé expose l'employeur à des poursuites pour exercice illégal d'une profession protégée. Le risque pénal n'est pas théorique. Il se matérialise rarement, mais il existe.

La requalification et le rappel de salaire

Autre scène, plus courante : un FF qui exerce pendant des mois les missions d'un aide-soignant peut, en cas de contentieux, obtenir une requalification de son poste et un rappel de salaire. J'ai vu des dossiers où l'écart cumulé sur une année représentait plusieurs centaines d'euros.

Le refus d'indemnisation par l'assureur

Et là, on touche au point le plus sensible. En cas d'incident ou de faute, l'assureur peut refuser de couvrir un acte réalisé par une personne non habilitée. La structure se retrouve seule à assumer. C'est souvent ce qui décide une direction à régulariser la situation d'un FF.

Comment sécuriser un parcours de faisant fonction ?

Le FF n'est pas une impasse. C'est une étape, à condition de la traiter comme telle. Voici les voies que je recommande, et un aveu : je sous-estimais la VAE pendant longtemps. Je pensais que c'était un parcours administratif lourd et rarement abouti. Après avoir accompagné deux personnes dans la démarche, j'ai changé d'avis. C'est long, oui. Mais c'est concret.

La VAE et le parcours DEAS

La Validation des Acquis de l'Expérience permet, sous conditions, d'obtenir une équivalence au diplôme. Le parcours DEAS classique reste l'autre voie, avec un financement possible via le CPF ou un OPCO. Les délais varient selon les régions et les places disponibles — comptez plusieurs mois, sans garantie de calendrier.

Ce qu'il faut exiger de son employeur

Si vous êtes en poste FF, mettez les choses à plat. Demandez une fiche de poste écrite, une régularisation du statut, et un engagement sur votre parcours de qualification. Un employeur qui refuse ces trois points vous utilise, il ne vous forme pas.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un faisant fonction, plus généralement ?

Le « faisant fonction » est une expression administrative qui désigne une personne assurant un poste sans en avoir le titre ou le grade requis. Elle existe dans la fonction publique, l'éducation, le soin. Ce n'est donc pas un statut propre au médico-social : c'est un expédient temporaire, pensé pour durer le moins longtemps possible.

Le recours au FF est-il plus fréquent en Ehpad ?

Oui. Les tensions de recrutement y sont particulièrement fortes, et le nombre de postes à couvrir dépasse souvent les candidatures diplômées. C'est là que les pratiques les plus floues se rencontrent, notamment sur la rémunération et l'absence de régularisation.

Ce qui reste quand on a fini de lire

Le faisant fonction aide soignante ne disparaîtra pas demain. Tant que les structures manqueront de diplômés, elles continueront de recruter des personnes compétentes sur le terrain mais dépourvues du papier. Le problème n'est pas la personne. Le problème, c'est de faire durer une solution d'urgence comme si c'était un modèle.

Une question que je pose maintenant systématiquement aux directions qui me consultent : si votre meilleur FF part demain, qu'avez-vous construit pour lui permettre de rester, diplôme en poche ? Si la réponse est « rien », alors vous n'avez pas recruté un professionnel. Vous avez colmaté une brèche.